Bibracte

La ville Gauloise.

Situation



Situé à environ 25 km d'Autun et de Chateau-Chinon,
le Mont Beuvray (821 m) a toujours connu l'homme sur ses versants.

 Naissance d'une ville

Les Eduens, un des peuples les plus puissants de la Gaule, s'implantèrent de manière significative à Bibracte dès la fin du
II ème siècle avant notre ère.

Dans ces forets, ils construisirent une véritable ville qui s'étirait sur quelques 135 hectares (à l'intérieur de 200 hectares de fortifications) entre 600 mètres (Col de la Croix du Rebout) et 800 mètres d'altitude (La Chapelle et la Croix Saint Martin).

Cette ville qui deviendra rapidement la Capitale des Eduens aurait accueilli une population estimée entre 5 000 et prés de 20 000 habitants.

Elle était entourée de 2 niveaux de remparts :
- les remparts intérieurs, longs de 5 km, que l'on franchit par l'accès principal, «  la porte de Rebout », située à mi-chemin de la montée (703 mètres d'altitude),
- les remparts extérieurs, longs de 7 km (on en trouve les premiers vestiges à proximité de l'actuel musée). C'est cette enceinte dont la surface est estimée à 200 hectares.

Elle comprenait 8 portes permettant de la franchir. Ce rempart aurait été construit suivant la technique gauloise du « murus gallicus » qui consistait en un mur de pierres retenant un talus renforcé par des poutres croisées, elles même reliées par de longs morceaux de fer.

Bibracte c'était aussi de l'eau, des sources, des ruisseaux... La plupart proches du site de Bibracte, composent un paysage de tourbière irrigué par de nombreuses rigomes.

Les sources sont généralement captées directement par une fontaine dont on retrouve parfois les ruines.

Le site de Bibracte abrite à lui seul la Fontaine St Martin, la Fontaine St Pierre, la Fontaine Grenouillat, la Fontaine de l'Ecluse ou encore les ruisseaux de la Rèpe, de la Côme Chaudron, ainsi que la goutte du Prôt et la goutte Dampierre.
Lors des fouilles, on constata que l'eau était à fleur de sol, un acqueduc traversant le "Parc à chevaux" du Nord au Sud à été mis à jour (la question a longtemps été de savoir s'il servait à l'alimentation ou à l'assainissement...). En cherchant les origines de cet acqueduc, deux autres qui s'y raccordaient furent également mis à jour.

Les Eduens avaient découvert nombre de sources, les Romains quant-à eux, construisirent des thermes. Ces sources permettent aujourd'hui encore de traiter des affections ORL et rhumatologiques à la station thermale de Saint-Honoré-les-Bains.

Les remparts de Bibracte ne sont qu'à trois kilomètres en ligne droite des sources de l'Yonne situées au pied du Mont Préneley, sur la ligne de partage des eaux séparant les bassins versants de la Seine et de la Loire, et où se croisent quatre très vieux chemins.

Un lieu de culte associé aux sources de l'Yonne et datant du début de la guerre des Gaules (58 avant JC) a été mis au jour, au cours des années 1980. Il se situe à cent mètres d'un col où se croisent plusieurs voies gallo-romaines.

Bibracte vit la proclamation de Vercingétorix comme chef des armées gauloises mais aussi celle de Viridomaros, roi des Arvernes et anciens ennemis des Eduens, comme roi des Gaulois.

Jules César, vainqueur d'Alésia (aujourd'hui « Alise-Sainte-Reine ») y aurait achevé la rédaction de ses « Commentaires sur la guerre des Gaules ».

Centre commercial

Forte d'une telle population, cette capitale comportait de nombreux bâtiments et habritait de nombreux artisans : forgerons, bronziers, menuisiers, charpentiers...,

C'était certes un centre économique et religieux mais aussi un centre politique important.

Mais Bibracte fut aussi et surtout une importante « plaque tournante » commerciale.
Elle se situait à un carrefour commercial entre le monde celte et Rome.

Le Mont Beuvray domine à l'Ouest la vallée de la Loire et à l'Est la vallée de la Saône. Elle permettait ainsi la diffusion des produits romains à travers la Gaule dès le IIe siècle avant J.C., permettant à leurs alliés de la confédération de profiter de leur commerce avec Rome et probablement aussi avec les colonies grecques telles que Massilia.

Fin d'une capitale

Après la conquête romaine, Bibracte vivra à peine plus d'un siècle (probablement même une trentaine d'année entre la fin de la conquête et la construction d'Augustodunum) avant d'être progressivement abandonnée et intégrée dans la Gaule lyonnaise. Dès la fin du Ier siècle avant J.C., Augustodunum (Autun) deviendra la nouvelle capitale, Bibracte étant reléguée au rang de « petite cité ».

Paradoxallement, les fouilles ont montré que cette cité, bien que témoignant parfois d'un certain luxe, avait été construite rapidement et de manière provisoire. Aucun matériaux "importé", tous proviennent de la montagne même. Petits blocs de pierre de taille à gros grains, pas de gré, pas de parements, pas de colonnes, pas de marbre pourtant présent dans la quasi totalité des maisons romaines. Les tuiles sont de mauvaise qualité et se délitent rapidement à l'air malgré leur épaisseur.

Autres constat surprenant, à l'exception de quelques rares médailles ou monnaies, aucun objet de valeur, aucune arme, ustensile, ornement, objet de toilette ou de la vie courante n'a été retrouvé.

Dans sa communication du 4 septembre 1865 devant la société éduenne, JG Boulot alors président de la dite société précise :
"Les fouilles du Beuvray n'attestent que la solitude et l'abandon... On sent que la vie s'est retirée peu à peu, lentement, par suite d'émigrations successives et de circonstances qui devaient motiver l'abandon définitif du viel oppidum.  On assiste en quelque sorte au déménagement séculaire et complet d'une race qui abandonnait son pays sans esprit de retour, et ne négligeait aucun objet ayant une valeur ou une utilité appréciable. Les émigrants, en quittant le foyer de leurs pères, emportèrent à Augustodunum jusqu'au génie de Bibracte, qu'ils déposèrent au temple d'Auguste, ne laissant derrière eux ni souvenirs, ni regrets".
 
La "modernité" d'Augustodunum impliquait l'abandon de Bibracte. Dans le même temps, abandonner les fortifications de Bibracte aux Gaulois était sans doute risqué, y maintenir un corps de légionnaires et/ou une administration n'était probablement pas souhaitable.

A la recherche de Bibracte

- Les érudits de la Renaissance travaillent sur le véritable emplacement de Bibracte. Certains semblent vouloir la localiser à Autun, Augustodunum, que l'on supposait être construite sur la ville gauloise. D'autres prenaient les flans du Mont Beuvray, les débris apparaissant de toutes parts, ainsi que les légendes s'y rapportant comme autant de preuves (de forts soupçons pour le moins) de ce que l'on appelait "la Bibracte de César".

- En 1864, Napoléon III souhaitant écrire une « Histoire de Jules César » demande à l'un de ses officiers, le colonel de cavalerie Stoffel, commandant en second l'Ecole supérieure de guerre, d'effectuer des recherches sur la victoire romaine. Ce dernier ayant eu connaissance d'une publication de Jacques-Gabriel Bulliot datant de 1856 : "Essai sur le système défensif des Romains dans le pays éduen entre la Saône et la Loire" le rencontre mais n'est guère convaincu par ses théories. Il confie à Xavier Garenne, autre membre de la société éduenne, de diriger des fouilles sur le Mont Beuvray. Des recherches sont donc engagées et les érudits interrogés.

- Dans le même temps, le Vicomte d'Abboville, ancien élève de Polytehnique, alors propriétaire d'une partie du Mont Beuvray, fait réaliser à ses frais quelques sondages. En fait d'importants travaux, tant par leur ampleur que par leurs enseignements. Le Vicomte fit part de ses découvertes à l'Evèque de Rheims (lui-même membre de la société éduenne), qui rapporta les faits à l'Empereur.

- Ainsi, tout naturellement, en 1867, Napoléon III charge Jacques-Gabriel Bulliot (1817-1902), négociant en vin à Autun mais aussi membre de la Société Eduenne des lettres, sciences et arts d'Autun, féru d'études humanistes et convaincu que Bibracte se trouve sur le Mont-Beuvray, d'explorer le Mont.

Les fouilles qu'il conduit jusqu'en 1895 permettent de dégager des murs de maisons, de bâtiments, de réseaux divers et de recueillir des milliers d'objets aujourd'hui exposés à Autun ou à Saint Germain-en-Laye (musée des antiquités nationales).

- A sa suite, Joseph Déchelette, neveu de Bulliot, prend la direction des recherches. Ses contacts avec d'autres archéologues lui font découvrir que les vestiges mis à jour au Mont-Beuvray sont identiques à ceux trouvés en Bavière, en Hongrie ou en Bohème, signe de l'importance de la civilisation d'alors, étendue sur une grande partie de l'Europe.

- En 1914, à la mort de Joseph Déchelette, les sites retournent à l'oubli. Parallèlement, la première guerre mondiale met un frein sur toutes les recherches archéologiques. 

- En 1984, François Mitterand, Président de la République mais aussi ex député de la Nièvre, ex Président du Conseil Général de la Nièvre et ex Maire de Château-Chinon, lance un nouveau programme de recherches. Ce programme dont la conception implique la participation de nombreux chercheurs européens, comprends notamment la construction d'un centre de recherches et d'un musée dans le cadre des grands travaux de l'état, mais aussi, purement et simplement, l'acquisition du site du Mont-Beuvray.

- Aujourd'hui, sous l'égide du Ministère de la Culture, le Centre archéologique européen anime, coordonne, protège et promeut les actions de ce site doublement classé aux titres des Sites historiques et des Monuments historiques.

Coups d'oeil sur...

Un coup d'oeil sur quelques points forts de Bibracte :
(Plus d'infos et renseignements sur les visites :
Voir « Dépliant Bibracte en PDF » : Cliquez ici
ou encore : www.bibracte.fr

Le col de la Croix Rebout (610 m) :
En dehors de l'ancienne ligne de fortification mais situé tout près, le reste n'est pas vraiment d'époque. C'est le point de départ d'une visite avec parking, musée, navette d'accès au site, restaurant...

La tombe des bardots :
Partie d'une nécropole qui se développait jusqu'au Col de la Croix rebout

La porte de Rebout (703m) :
Située à mi-altitude du site (mais au 1/3 du parcours), c'est la porte principale.

La Roche (ou Pierre) de la Wivre :
Un affleurement rocheux associé aux montres et légendes bourguignones

La Côme du Chaudron :
Fragiles vestiges de l'alignement des ateliers de forgerons et bronziers

La Pâture du Couvent :
Vestiges de grands édifices de style romain datant du Ier siècle avant J.C.
Un couvent franciscain du Moyen-âge donne son nom à ce quartier.

Le Theurot de la Roche :
Lieu de culte ?

Le Parc aux Chevaux et l'Hotel des Gaules :
Vestiges d'une vaste demeure à la romaine (3 000 m²) et Chaumière du XIXème siècle ayant servi de base aux expéditions de fouilles

La fontaine saint-Pierre :
La plus importante source de la ville, aménagée en bassins.

La Chapelle et la Croix Saint-Martin (809m) :
Toutes proches du sommet (821m), elles reposent sur l'emplacement d'un temple gallo-romain.
Admirables points de vues jusqu'au Mont Blanc (enfin, quand il fait suffisamment clair, c'est le Morvan !).

La Poterne du Porrey :
Petite porte dans le rempart extérieur.

 Engagez-vous, rengagez-vous qu'ils disaient...

La vie du peuple Eduens est indissociable de celle des Légions romaines.


Arrivée de Légion VIII Augusta au
Théatre des Bardiaux


Présentation de la Légion


Aujourd'hui, une association Autunoise (Augustodunumienne ?), « Légion VIII Augusta », tente de reconstituer ce qu'était réellement la vie, les coutumes et les équipements de ces Légions.
Voir le site : Légion VIII Augusta, il vaut de s'y intéresser :  http://www.leg8.com/

Cette année, du 5 au 12 mai 2012, 10 de ses « Légionnaires » ont participés à la « 3ème édition de la marche expérimentale ».

Cette marche (devrions-nous dire cette épreuve), après une présentation à Autun, devait lancer les Légionnaires, avec armes et bagages, sur un parcours les menant de Bibracte à Alésia (Alise-Sainte-Reine) par les anciennes voies (voie actuellement dénommée « chemin Bibracte-Alésia), soit 120km en 6 étapes de 20km.

Le but de cette marche expérimentale ? Vérifier la cohérence des reconstitutions, vestimentaires notamment (et, au passage, faire le triste constat de l'état du chemin Bibracte-Alesia). En effet, ces reconstitutions ne sont faites que d'après gravures ou écris, mais une cuirasse (lorica segmentata), une cotte de mailles (lorica hamata), des sandalles (caligae), un bouclier (scutum), recréés d'après gravure sont-ils réellement bien conçus et possibles à porter ? Sur au moins 20 km ? Avec les 35 kg de charge qu'ils représentent ?



Ces 4 photos, aimablement offertes par Christaldesaintmarc,
http://www.christaldesaintmarc.com/de-bibracte-a-alesia-c18043052 )
montrent les détails de 2 types de cottes de mailles et de sandales

Ces courageux participants apportent leurs opinions et leurs vécus sur ces équipements et font ainsi avancer la connaissance. Ils sont une autre facette de l'archéologie.


Du petit...


... et du gros matériel (jalonnement)


Mais ce n'est pas tout !
A chaque « étape », comme notamment en 2012 au Théatre des Bardiaux prés d'Arleuf, ceux restés au campement animent des ateliers dans lesquels ils présentent avec maintes explications et précisions, les divers outils, instruments et techniques utilisés par les romains : niveau, appareil de jalonnement ou de visée, cartographie, composition des vêtements, des armures, manière de porter bouclier et « bagages » et même confection de fibules (agrafe destinée à fixer les extrémités d'un vêtement), et bien sur nous recale dans l'histoire des légions,

     

Pour porter les "bagages", il y a la fourche de paquetage ou "furca", portée par dessus le bouclier avec la lance (Pilum). Elle était composée d'un sac pour le couchage et d'un pour les effets personnels dont la nourriture.

La gourde était bien sur un instrument hautement important : elle contenait de l'eau et du vinaigre, la "Posca", en fait du « vin aigre » (vinum acer). Il était difficile à l'époque de conserver le vin comme nous le connaissons aujourd'hui. Ainsi Les romains (comme les grecs) l'ajoutaient-ils à leur eau et contribuaient à la rendre plus rafraîchissante et surtout à en éliminer quelques bactéries... Il semblerait que ce breuvage, agrémenté de fruits, d'herbes ou de fleurs, était déjà consommé en Mésopotamie 3 000 ans avant notre ère.




Jonathan Simon, archéologue, conférencier,
spécialiste des céramiques au service archéologique de Chartres...
mais aussi remarquable légionnaire en cuirasse.

Engagez-vous, rengagez-vous qu'ils disaient.... en fait non merci ! Mais bravo à eux !

Vous pouvez voir une autre approche de cette marche expérimentale sur le blog de "Christaldesaintmarc", forts sympathiques au demeurant (non, il n'y a pas de faute, les deux sont forts sympathiques) ainsi que le résumé d'une conférence de Jonathan Simon consacrée à l'évolution des pratiques culinaires gauloises après la conquête de la Gaule par les romains : http://www.christaldesaintmarc.com/de-bibracte-a-alesia-c18043052

A voir également le combat des légionnaires au Muséo Parc d'Alésia, même Blog, même auteur à cette adresse :



 
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