Le camp des Blandins

Comment nommer ce lieu ?

Arleuf ? L’atelier 59 ? La carrière des Blandins ? Le bois des bagnards ?
Un camp de prisonniers de la grande guerre dans le Morvan ?
 

Avertissement - Sources documentaires

Généralement cette rubrique se trouve en fin d’article.
Dans le cas présent il a paru intéressant de la faire apparaître en tout début pour avertir du fait que rien – ou si peu – n’existe sur ce camp.

Les archives (en général) sont muettes ou pour le moins très discrètes sur le sujet.

Les témoignages oraux « vivants » sont bien sur devenus impossibles et ceux transmis ou retranscrits sont devenus invérifiables.

Quelques (rares) octogénaires locaux ont de très vagues souvenirs qu’ils ne semblent pas avoir voulu conserver.

Certains historiens interrogés n’ont pas d’informations et/ou ne travaillent pas sur ce thème (!).

Les différents services consultés sont pleins de bonne volonté mais n’ont rien et renvoient vers les archives…

Les quelques rares auteurs s’étant risqués sur ce thème parlent de leurs recherches en ces termes :
- Christian Bouchoux : La carrière et le camp des Blandins (VDM n°514)
« Les archives départementales restent apparemment muettes sur l’aspect pénitentiaire du camp ».

- Didier Cornaille :
Histoires racontées de Bourgogne et du Morvan (Albin Michel)
« C'est de façon tout à fait accidentelle que j'entendis parler, un jour, d'un camp de prisonniers ayant existé dans ces hameaux perdus au pied du massif du Haut-Folin… »
« …tout au long de cette recherche rendue d'autant plus difficile qu'il fut vite évident que toutes les archives concernant ce camp avaient disparu ou, si elles existaient encore, restaient totalement inaccessibles ».

- Violenne l’Espicenne : En mémoire d'un détenu de l'atelier 59 au bagne d'Arleuf (Le Morvandiau de Paris - 2008)
« … j'ai vite compris que la population de la région avait comme par hasard oublié que parmi les détenus, les « rebuts de l'armée » étaient des français emprisonnés pour avoir seulement refusé de se battre au nom de la paix. »

Il m'est également arrivé d’entendre dire qu’il n’y avait pas de prisonniers à Arleuf, qu’il y en avait mais qu’ils n’étaient pas gardés par des militaires, qu’il n’y a jamais eut de morts dans ce camp… Autrement dit tout et son contraire.

Les extraits des rares documents d’archives - et les vestiges sur les lieux - montrent hélas que tout cela à bien existé.

La « volonté d’oubli » de ce site est absolument phénoménale.

Rappel

Quelques chiffres sur 14-18 pour la France

Bilan humain :
- 1,38 Millions de morts, soit 10,5 % de la population active et 34 ‰ de la population totale
- 0,3 Million de mutilés
- 1 Million d'invalides à plus de 10 %
- 600 000 veuves
- 700 000 orphelins
- 450 000 prisonniers
- Déficit des naissances 1,5 Millions

Bilan matériel :
- 10 départements ravagés
- 11 000 bâtiments publics détruits
- 350 000 maisons détruites
- Productions effondrées : 88 Millions de quintaux de céréales de moins en 1918 qu’en 1914
- Indice des prix de gros de 1918 en hausse de 600 % par rapport à 1914
- Perte de la moitié des investissements dans le monde

Situation générale dans la Nièvre

Dans son ouvrage « Le département de la Nièvre dans la Grande Guerre de 1914 à 1918 », (Archives Départementales de la Nièvre) Maurice Valtat nous interpelle en reproduisant le texte d’un rapport du Sous-Préfet de Château-Chinon au Préfet de la Nièvre :

«D'une façon générale l'état d'esprit n'est pas inquiétant... le caractère dominant de la population de cette région est l'économie poussée a l'avarice ; dès l'instant que les allocations sont distribuées avec générosité et que les denrées agricoles se vendent très cher les habitants des campagnes sont satisfaits.

Il n'y a pas de centres ouvriers, peu de petits artisans, la presque totalité de la population est composée de cultivateurs, ceux-ci petits propriétaires, fermiers ou journaliers agricoles réalisent des bénéfices sérieux, beaucoup d'entre eux possèdent un lopin de terre ; vivant de peu, ils font des économies, amassent la monnaie divisionnaire et la cherté de la vie se fait peu sentir.

Il est certain que les sentiments patriotiques, du moins d'une partie de la population, sont peu développés et que l'intérêt privé est la préoccupation principale. Ceux que la guerre n'a pas atteint dans leur famille, témoignent de l’indifférence et aucune inquiétude, l'ordre public n'est pas troublé. Au point de vue du ravitaillement il y a parfois des réclamations : telle personne prétend qu'elle reçoit trop fréquemment des ordres de réquisition pour des quantités de denrées ou de bétail supérieures à ses disponibilités.

J'essaie toujours de concilier les désirs des particuliers avec les exigences du ravitaillement en m'informant auprès des Maires et des Présidents des commissions de réception. Ceux-ci sont obligés de faire preuve d’énergie et rencontrent souvent une résistance que la cupidité peut seule expliquer : le commerce offre parfois des prix supérieurs à ceux offerts par la réquisition. J'estime que dans ce cas, il ne faut pas hésiter à faire un exemple et que les mesures les plus sévères doivent être prises. A part de rares incidents relatifs à des difficultés pour les livraisons, les réquisitions se font bien...

Quant au ravitaillement de la population civile il n'y a aucun incident à signaler... Le pain a manqué rarement et pour peu de temps au moment de la moisson ; Les habitants des communes dépourvues de boulangers se fournissent dans une commune voisine, beaucoup de cultivateurs ont d'ailleurs le blé pour leur consommation familiale. La pénurie de sucre n'a pas causé d'ennuis sérieux. On m'a signalé dernièrement que le sel était peu abondant. Le charbon est très rare, mais le chauffage se fait presque complètement au bois, la rareté et la cherté du charbon n'ont pas de contre-coup appréciable dans le Morvan.

En ce qui concerne ma surveillance des usines de guerre il n'en existe pas dans l'arrondissement. Pour la propagande pacifiste ou antimilitariste je ne manquerai pas de m'inspirer des instructions que vous avez bien voulu me transmettre.

Je tiens à vous signaler M. le Préfet un point qui peut devenir inquiétant : c’est la crise de l’Administration municipale. Plusieurs ou Adjoints (ou conseillers municipaux faisant fonction de Maires) ont déjà donné leur démission. Il est à craindre que cet exemple ne soit suivi par plusieurs de leurs collègues…

Les consignes de l'Intendance militaire leur ont créé une situation qui demande un véritable dévouement... Il ne faut pas oublier que nombre de Maires sont des petits cultivateurs qui doivent travailler pour vivre et ne jouissent pas des loisirs nécessaires à la bonne administration de la commune».

Un camp de prisonniers au cœur du Morvan ?

1917, c’est à cette époque qu’est située l’origine de ce camp.
Il se serait alors agit d’un camp de prisonniers allemands ne comptant qu’une quarantaine de détenus.

Hormis des évasions chroniques dans les transferts des dits prisonniers, les archives départementales sont particulièrement « discrètes » sur la question.

Violenne l’Espicenne nous explique : « On relève en 1916 (les rares archives confirment toutefois 1917) l'existence d'un camp comptant environ 30 prisonniers allemands entre le ruisseau de la Motte et la rivière de la Proie, dans l'épaisse forêt du Sault sur le hameau du Châtelet (commune d'Arleuf) près de la carrière des Blandins ».

Une telle main d’œuvre pouvait sembler couramment utilisée dans le Morvan pour l’aide à l’exploitation des bois mais aussi aux travaux des champs. Ce n’était pas le cas à Arleuf.

Dans la mesure où il n’y avait alors rien sur place, on peut légitimement supposer que la construction de ce camp ait été réalisée par cette quarantaine de détenus.
Sans aucun doute !

Il se dit d’ailleurs qu’à la fin de l’année 1917 on ne parlait plus beaucoup allemand dans le camp…
La question reste de savoir pourquoi ?

Les archives départementales de la Nièvre précisent :
9 R 2324 : Prisonniers de guerre ennemis.
Aucun document sur le camp d’Arleuf. Un état numérique par commune non daté, mais qui pourrait avoir été dressé en août 1916, n’en recense aucun dans cette commune.

Pour leur part, les archives de la Saône-et-Loire relatives aux prisonniers de guerre doivent être classées fin 2014.
Mais de quels prisonniers s’agit-il ?.

Qui étaient ces prisonniers ?

D’aucuns diront qu’ils s’agissait « d’objecteurs de conscience ».
C’est partiellement vrai. Sauf que cette notion n’existait pas encore en 1917 !

Le premier cas d’un homme se réclamant d’un tel « statut » remonte à 1920 (le statut officiel fut adopté en décembre 1963 et encore, sans qu’il en soit fait la moindre publicité, en contradiction avec le fameux axiome « nul n’est censé ignorer la loi », lui aussi largement dépassé aujourd’hui).

Simplement 1917 c’était, par exemple, les conséquences des actions stupides menées par un certain général Nivelle qui avaient à elles seules provoquées plus de morts que celles des pires généraux de l’antiquité…
Et comme on récolte ce que l’on sème, de sourdes protestations montèrent des tranchées.

Le nombre d’insoumis, de déserteurs et autres justiciables des conseils de guerre pour tous motifs que ce soit ne cessa de croître.

Pour éviter la « contagion », la démoralisation des troupes, et comme on ne pouvait fusiller tout le monde au risque d’aggraver encore la situation (surtout pour ça…), on retira ces protestataires du front pour les envoyer dans des camps où il ne pourraient plus nuire « au bon état d’esprit ».

Le Morvan était assez loin pour cela, mais il existait aussi d’autres camps : Île Madame (400 places), Albertville et bien d'autres...

Les archives les plus nombreuses ont précisément trait aux prisonniers et plus spécialement à leurs comportements

Il est rapporté notamment par le grand-père de Violenne l’Espicenne qui fut prisonnier dans ce camp, une peine de 20 jours de
« mitard » dans les geôles, avec à manger (que mangeaient-ils au fait ?) 1 jour sur 4 pour avoir dénoncé les conditions de détention à un général en inspection (Non ! Pas en visite, en inspection !)…

Dans les archives de la Nièvre nous trouvons :
2 R 3001 : C’est un camp d’exclus en 1917; une enquête est demandée au sous-préfet de Château-Chinon suite à des plaintes. Un seul document, une lettre du 20 novembre 1917, un peu contradictoire : d’un côté les détenus sont craints de la population (accusation de brigandage), de l’autre ils sont employés dans des fermes.

2 R 2681 : Main-d’œuvre travaillant pour la Défense nationale. Un sous-dossier revient sur cette affaire (procès-verbaux de gendarmerie) : il apparaît que les détenus avaient le droit de sortir du camp le dimanche, mais qu’ils sont consignés depuis la plainte. Une allusion laisse penser qu’ils ont succédé à des prisonniers de guerre.

Le fait qu’ils soient autorisés à sortir le dimanche montre tout à la fois le niveau de « dangerosité » des détenus, le manque de moyens pour la surveillance et/ou la « stupidité » des responsables de leur surveillance.
Généralement, au cours de cette journée de sortie, les prisonniers étaient employés à travailler dans les fermes contre quelques nourritures qui devaient grandement leur manquer.

Les registres « copies de lettres » de la « Compagnie des Chemins de Fer de Saône et Loire » (CCFSL) font également apparaître quelques faits qui ne sont pas forcément à l’avantage des victimes :

- « Un vol a été commis dans la nuit du 19 au 20 mai 1918, dans le hall de la gare de Fâchin. Un colis renfermant une capote militaire et une caisse de 12 litres de liqueur et vin Quinquina et Madère ont été emportés. Les soupçons ont été immédiatement portés contre les détenus de l’Atelier 59…… Afin d’éviter le retour de ces vols, il conviendrait de remettre en état les cloisons en planches dont la plupart sont pourries… ».

- « Des malfaiteurs se sont encore introduits dans la nuit du 22 au 23 mai 1918 dans le hall de la gare de Fâchin. Les portes étant fermées et calées par des morceaux de bois à l’intérieur, ils ont fait sauter une planche de la cloison qui est complètement pourrie… »

Des planches pourries dans une région productrice de bois, c’est dommage !

Une autre lettre de la CCFSL en date du 23 mai 1918, estime le préjudice du 19 au 20 mai à 81,50 F (de l’époque, soit environ 150 Euros 2014) et propose (les auteurs ayant été arrêtés), d’en demander le remboursement à l’autorité militaire.
Ce à quoi l’autorité militaire répondra le 14 juin 1920 (s’agit-il d’une erreur de transcription ? Probablement pas !) que,
« Conformément au décret en vigueur à cette époque, les compagnies n’étaient pas responsables des avaries manquantes résultant du fait de l’état de guerre… » et que la partie du butin récupérée (3 litres de liqueur) était à disposition à la Gendarmerie.

Les « avaries manquantes » n’ont toujours été que pour se nourrir ou se couvrir.

Certes il faut ajouter à cela les inévitables « sabotages » ou comportements de prisonniers face à des travaux forcés. Quoi de plus évident ?

A la décharge des détenus, d’autres avaient aussi la main légère comme le rapporte cette lettre de cette même CCFSL en date du 11 septembre 1917 :
« Homme d’équipe auxiliaire…… a été surpris dans le hall de la gare d’Autun par le chef de train B… entrain de reclouer une caisse de champagne apportée dans la journée, dont il avait fait disparaître 3 bouteilles… »

Et tous n’ont pas été pris.

 Les origines de la carrière des Blandins

On pourrait sans doute penser que la construction du «Tacot» entre 1897 et 1904, dont le tracé passait précisément par la carrière des Blandins et dans laquelle il a fallu "taper" pour ouvrir le passage, aurait pu donner des idées d’exploitation.
Ce n’est pourtant qu’en 1917 que celle-ci fut décidée.
Délais de réflexion ? Nécessité ? Nul ne sait !

On commence à entrevoir une réalité lorsque l’on comprend que l’installation de ce camp se situe à la fois sur la carrière des Blandins et sur le tracé des chemins de fer d’intérêt local à voie étroite entre Château-Chinon et Autun, et que dès la fin 1917 l’administration des Ponts et Chaussées en assure la gestion.

D’ailleurs, « en assurer la gestion » ne veut pas dire grand chose.
Il s’agissait en fait d’un véritable imbroglio :

Tout d’abord, le 17 novembre 1916, le Ministre des Travaux Publics (c’était alors Marcel Sembat) charge Monsieur Charles Pigache, Ingénieur en Chef des Ponts et Chaussées (ICPC) de 1ère classe, d’organiser l’exploitation de la carrière en régie et pour 3 ans par Monsieur Pagani. (Le Ministre aurait lui-même choisi l’exploitant ? Oh…)

Monsieur Pigache a passé une bonne partie de sa carrière (sans jeu de mots) dans les services… de la navigation, ce n’est donc pas sa spécialité (mais c’est polytechnicien…).

Entre 1914 et 1920 on ne trouve plus trace de lui dans les annuaires du Ministère des Travaux Publics mais il a pourtant été nommé « hors classe » en 1919.

Il y réapparaît en 1921 comme ICPC aux Chemins de fer (contrôle voie et bâtiments) pour les réseaux du midi et PLM.

Peu de temps après la décision du Ministre (très peu de temps après…), une autorisation préfectorale des 22 et 23 décembre 1916 charge les Ponts et Chaussées (de la Nièvre) d’exploiter la carrière afin de fournir les matériaux d’empierrement destinés à la réparation des voies de communication de la zone des armées (les communes situées sur le parcours du "Tacot" n'ont jamais été en zone des armées mais semblent avoir bien profité des matériaux extraits...).

Pourtant, cette époque offrait hélas déjà tant de ruines que les matériaux « d’empierrement ordinaire » ne manquaient pas.


Photo journal "Le Miroir"

Cette gestion « en régie » devait donc utiliser les services d’un exploitant privé.
Monsieur Pagani, semblait être connu à la fois comme un « brasseur d’affaires » et comme un excellent carrier établi en Côte d’Or près de Nuit-Saint-Georges.
Que venait-il faire dans une telle entreprise perdue au fond des bois morvandiaux ?

S’agissant d’une exploitation pour les besoins des armées, l’idée que ce Monsieur ait pu obtenir l’assurance de disposer de prisonniers n’est pas totalement absurde (ni écartée).
Reste à savoir dans quelles conditions.

Nous avons vu plus haut que les prisonniers devaient travailler dans les fermes pour obtenir quelques nourritures et sur place nous pouvons nous faire une petite idée de la triste réalité, surtout si comme il est parfois rapporté, le nombre des détenus a pu atteindre les 250 (il est parfois même question de 500, ce qui paraît toutefois quelque peu excessif).

Si l’on ajoute à cette gestion un gardiennage militaire sur des parcelles appartenant toujours à des particuliers mais occupées à titre temporaire, le tout utilisant les transports assurés par la Compagnie des Chemins de Fer d’intérêt local de Saône-et-Loire (CCFSL), laquelle Saône-et-Loire, de ce fait, était plus impliquée que la Nièvre au début, vous comprendrez mieux le flou entourant cette organisation.

La Saône et Loire ne dispose pas d’archives plus importantes sur le sujet :
S 1 180 – Autorisation d’exploiter des carrières entre 1871 et 1921,
5 S 335 – Etat des transports de matériaux de carrières pour le service des Ponts et Chaussées).

Vous avez tout suivi ? Bravo !

L’exploitation de la carrière

Nous n’avons pas ici de précisions quant-aux propriétés recherchées dans les roches de cette carrière ni de l’usage effectif qui pouvait en être fait.
Cette carrière de mylonite, roche d’origine magmatique, ne produisant que des graviers et des gravillons (et du sable), fut exploitée pour les besoins des Ponts et Chaussées de la Nièvre (mais aussi de la Saône et Loire, en fait pour de nombreuses communes situées sur le tracé du Tacot).

L’extraction était généralement réalisée au moyen de cheddite, une variété d'explosifs récents à base de chlorates dont le nom provenait de leur lieu de fabrication : Chedde, sur la commune de Passy en Haute-Savoie.

Depuis juillet 1915, il existait déjà un embranchement du Tacot aux Blandins, réservé à l’usage exclusif d’un marchand de bois, Monsieur Defossemont, qui avait payé pour sa réalisation et son utilisation.

Le 11 décembre 1916, le registre « copies de lettres » de la « Compagnie des Chemins de Fer de Saône et Loire » mentionne une lettre émanant du service de ponts et Chaussées de Paris annonçant «… l’envoi prochain d’un concasseur de 200 tonnes pour la future carrière des Blandins. Dimensions : 1m de longueur, 1,60m de largeur, 1,30m de hauteur ».
On peut s’étonner des dimensions relativement modestes de l’engin.

En Mai 1917, le matériel, accompagnée d’une locomotive de 10 tonnes est mis à disposition de la carrière.
Nous n’avons aucune indication sur des personnels déjà en place et/ou en ayant effectué la réception.

Le 30 juillet 1917, arrivée des 20 premiers détenus accompagnés de leurs 8 gardiens (Nous avons vu plus haut qu'il avait été question d'une quarantaine de détenus, puis de 30, nous sommes maintenant à 20...).

Il n’est nulle part question de la mise en place du camp ni de la mise en place de la carrière.
Il est donc fort probable que ce soit ce premier « contingent » qui ait été à l’origine de la construction du camp, mais seulement à l'origine, les travaux étant par trop importants pour qu'ils aient pu tout réaliser.

Quant-à la direction de la carrière, les archives font souvent référence à un certain Auguste-Joseph Peyroux, Ingénieur des Travaux Publics de l’Etat (ITPE) sans jamais préciser sa date de prise de fonction.

Entre 1911 et 1918, M. Peyroux aurait été « sous-ingénieur des ponts et chaussées en service détaché au Ministère des affaires étrangères pour le Gouvernement Ottoman (lieu non indiqué) ».

Pour assurer et gérer le débouché des matériaux à la gare PLM de Château-Chinon, il fallu aménager les voies d’échange (estocade).
Le « personnel » de la carrière était (aussi) naturellement désigné pour cela.

Le 6 octobre 1917, Charles Pigache, ICPC à la CCFSL, autorise le transport des travailleurs entre Fâchin et Château-Chinon.
Mais combien étaient-ils à ce moment ?

Le 9 octobre 1917, il est fait mention, toujours dans les « copies de lettres » de la « CCFSL, d’un certain M. Cortet, régisseur de la Carrière des Blandins qui aurait demandé une modification des horaires des trains pour le transport de travailleurs.
Une telle demande relevant bien du patron du lieu, nous pouvons supposer que M. Peyroux n’était pas encore en poste à cette date.

Le 15 octobre 1917, la modification des horaires est actée (CCFSL)

1918 – 1920, Auguste-Joseph Peyroux n’apparaît pas dans les annuaires du Ministère des TP.

Le 21 mars 1919, une copie des courriers de la CCFSL parle d’un transport de 1400 tonnes de graviers destinés à la réfection de (l’ex) RN78 entre La Comaille et Autun.

C’est dans le milieu de l’année 1920 que le nom de M. Peyroux semble apparaître pour la première fois à l’occasion d’une demande qu’il effectue auprès de la CCFSL pour la remise en service d’embranchements du Tacot sur les Blandins (celui de Monsieur Defossemont ?)

1921 – 1922, Auguste-Joseph Peyroux est « Ingénieur des travaux publics de l’Etat au Service ordinaire de la Nièvre (arrondissement sud, subdivision des carrières d’Arleuf) ».

Début 1923, les capacités de la carrière étant en baisse, il est envisagé de procéder à sa vente et de modifier l’estocade de Château-Chinon.

Le 16 avril 1923, Auguste-Joseph Peyroux prend sa retraite du Ministère des TP.

Le 26 juin 1923, une note de la CCFSL annonce qu’un certain M. Joyeux se serait porté acquéreur de la carrière et que l’estimation qui en aurait été faite à 300 000 F par M. Peyroux était excessive.
Question : M. Peyroux a-t-il proposé cette estimation avant ou après son départ en retraite ?

Le 13 juillet 1923, une note de la CCFSL apporte une réponse à cette question :
« M. Peyroux doit faire connaître les prix des divers matériaux aux prix d’estimation qui pourraient être utilisés pour l’entretien… »
M. Peyroux ne semblait donc pas vouloir « lâcher l’affaire » et assurait la transition avec son nouveau métier de chef d’entreprise.
Il a acheté les terrains et obtenus les autorisations nécessaires à l’exploitation de la carrière des « Corvées » située au Nord de celle des Blandins et en a dirigé l’exploitation, toujours avec M. Pagani, jusqu’à la fin 1933, fin de l’exploitation de la dite carrière et date de son décès le 27 novembre 1933.

Le 8 janvier 1924, une note de la CCFSL précise que les transports de pierres cassées pour le compte des Ponts et Chaussées de la Nièvre ont dus être interrompus, ne restant plus que sable et gravillons. 160 tonnes de sable ont toutefois été acheminées vers Château-Chinon pour un entrepreneur, 130 tonnes vers Arleuf où 200 tonnes doivent encore être emmenées pour le compte de la commune.

Le 19 mai 1925, il est question de 10 wagons de sable pour un entrepreneur d’Autun.
Question : Y avait-il encore des prisonniers en 1925 ?

La carrière des Blandins ne produisant plus, les matériels (rails, croisement et baraques ainsi que quelques wagons de gravillons) furent montés à la carrière des corvées
Question : Les prisonniers, s'il en restait, ont-ils suivi ?

Le 5 octobre 1927, la vente du reste des éléments de la carrière des Blandins est effectuée à la Sous-Préfecture de Château-Chinon :
- Voies, embranchements, wagonnets à bascule, locomotives et autres matériels roulants au prix de 70 000 F
- Machine fixe, concasseurs, compresseur, transmission au prix de 60 000 F
- Turbines dynamos et génératrices : non adjugé

Le 8 octobre 1927, l’enlèvement des matériels vendus est à prévoir pour la fin du mois.

Le 11 octobre 1927, Monsieur Peyroux (toujours lui) confirmait la remise en état des embranchements et voies des Blandins (qu’il utilisait occasionnellement pour la carrière des Corvées).

La carrière des Blandins peut-être considérée comme fermée à fin octobre 1927.
Questions : Y aurait-il eut encore des prisonniers dans ce camp en 1927 ? Si oui dans quelles conditions puisque les bâtiments ont été transférés aux Corvées ?

Pourquoi « Atelier 59 » ?

L’encombrement des prisons militaires était à son maximum et un grand nombre de détenus était incarcéré dans des prisons civiles.

Pour y remédier, l’administration de la justice militaire multiplia sur le territoire métropolitain ce qui existait déjà en nombre dans les colonies : les « Ateliers de travaux publics ». C’est bien de cela dont il était question aux Blandins.

Un document du Service Historique de la Défense (armée de terre - 13 J 1491 - Prisons militaires) cite de nombreux établissements et parle de 38 ateliers existant encore sur le territoire métropolitain en 1919.
Ce "Répertoire numérique détaillé" est le fruit d'un énorme travail réalisé par la section des archives de la justice militaire du SHD, la synthèse de tous les documents retrouvés ayant trait aux Ateliers de travaux publics, ce qui représentait quelques 600 cartons qu'il a fallu lire, trier et ordonner, et l'atelier 59 n'y figure pas...
 
Ce document (150 pages) est disponible sur le site du SHD à l'adresse suivante :
Ou sur ce site ICI.

Que les archives de Divisions largement malmenées et bombardées sur les lignes de front aient pu disparaitre, soit !
Mais s'agissant de ce camp, à Arleuf ?????

 Où se trouve ce camp ?

On le dit souvent situé en plein cœur du Morvan. Oui ! En plein cœur du Haut Morvan.
Quant-à l'accès à ce lieu, il relève de 2 conditions :
- Le hasard ou la chance
- La connaissance du lieu
Dans le second cas cela tient presque du miracle. Félicitations !




Localisation des Blandins
(Fond de plan IGN)

D'anciennes photos aériennes de l'IGN en montraient encore quelques traces respectivement en 1945, 1954 et 1963

         

A la sortie d’Arleuf, entre Autun et Château-Chinon et dans cette direction, se trouve un remarquable point de repère :
« Le Cornemuse », célèbre auberge reconnaissable à sa façade aux couleurs vives et aux multiples décorations.
Une centaine de mètres plus loin sur la gauche, une route descend vers « Le Châtelet ».

    
2 points de repère

Quelques centaines de mètres avant le hameau du Châtelet, et cinquante mètres avant un petit pont qui enjambe le ruisseau de la Proie, vous devriez entrevoir un chemin sur votre gauche.


Le point de départ

Après 5mn de marche facile, vous serez face à une butte de terre d’environ 3m de hauteur, une ancienne plate-forme du «Tacot ».


La butte du Tacot

De là, 2 solutions s’offrent à vous :
- Prendre le large chemin à droite pendant 20mn de marche facile jusqu’au niveau 47° 1’ 15.79"N et 3° 59’ 45.50’’ E (voir également
« Départ du chemin haut » sur la carte de reconstitution du site dans le paragraphe suivant), puis descendre le chemin sur votre gauche, vous trouverez rapidement la poudrière et le poste de garde haut (là, c’est de la marche « dans les bois ») le reste du camp se situant un peu plus bas sur la gauche.


Encore 5mn...

- Prendre le chemin de gauche (de face) et en moins de 5mn vous tomberez sur le poste de garde bas ainsi que sur un escalier. En continuant sur ce chemin vous retrouverez et suivrez le tracé de l’ancienne voie du « Tacot ». Ensuite il faut oublier l’expression
« marche facile ». Les tempêtes de 1999 mais aussi celle qui remua la région en juillet 2003 ont quelque peu corsé la difficulté. En effet, de nombreux arbres sont couchés sur le passage et vous devrez suivre « le chemin des sangliers » (dont on aperçoit de nombreuses traces) qui évite ces embûches.

    
La voie du Tacot, magistralement conservée, et le chemin des sangliers.

Lorsque vous arriverez à un muret de pierres sèches, vous aurez devant vous le « défilé » ou encore « canyon » du Tacot et en haut sur votre droite, le camp


Le défilé du Tacot

   Comment fonctionnait ce camp ?

Ceux qui le savaient n’en ont pas laissé de trace… Sauf ces 6 magnifiques photos qui se passent de commentaires.
Des photos d'un auteur et d'un propriétaire ayant souhaité garder l'anonymat...
Des photos pour ceux qui pourraient encore penser qu'il n'y avait pas de camp à Arleuf.

         

    
Ces 5 photos sont présentées ici avec l'aimable autorisation de "Vents du Morvan"
et devraient être prochainement versées à la "Camosine"


Cette 6ème photo, l'atelier de concassage, m'a aimablement
été fournie par un lecteur, Jean-Louis M.

Grace à ces photos et aux vestiges du camp, nous pouvons en reconstituer le plan et en avancer quelques suppositions
(Voir également le paragraphe ci-dessous "reconstitution interactive du camp" et "l'album photos consacré au camp des Blandins"

Reconstitution du camp sur
fond de plan Google Map

- La centrale hydroélectrique
C'est la seule construction située à l’Ouest de la route.
Son alimentation est réalisée par une déviation du ruisseau de la Motte et une vanne de régulation (manuelle) visible du bord de la route.
Cette centrale est toujours en service. D'ailleurs "toujours" n'est pas le terme exact, à nouveau en service conviendrait mieux.
En effet, elle fut laissée à l'abandon dès la fermeture de la carrière et jusqu'à 1970.
A cette époque il ne restait que les 4 murs et du métal rouillé à l'intérieur.
Remise en état, elle continue à tourner depuis, un peu au gré du débit du ruisseau de la Motte.


La construction remonterait plutôt à 1917/1918.
Documentation extraite du site : www.ber.asso.fr 


La centrale aujourd'hui


Une vue du dégrilleur
situé 25 mètres au dessus de la centrale

Le camp était contenu dans la partie Est de la route.
D'après les vestiges, il aurait été composé de :

- 2 postes de garde (haut et bas)

    
Postes de garde haut et bas

- 1 mirador 


Près de l'accès bas, le mirador aurait été situé
sur la plate-forme, au-dessus des escaliers

- 1 poudrière


La poudrière était proche du poste de garde haut
(Les détritus sont actuels...)

- 6 bâtiments

    
Les restes de 2 des bâtiments

- 1 prison comportant 3 cellules

    
Chaque cellule de la prison mesurait environ 3x2 mètres

- 1 salle des machines 


La salle des machines
(supposée telle car seul bâtiment maçonné en dehors de la poudrière,
mais de quelles machines s'agissait-il ?)

- 1 petit bâtiment jouxtant la salle des machines


Le téléphone pouvait-il se trouver là ?

- 1 réserve d’eau


Ses dimensions sont importantes, 5x10 mètres sur 2 de hauteur,
avec une maçonnerie de 0,50 d'épaisseur.

Cette réserve est aussi appelée « piscine » bien que le terme ne soit pas vraiment approprié.
L'origine de son alimentation en eau longtemps incertaine est maintenant clairement identifiée (Voir ci-dessous).

- 1 bassin de décantation


Au premier plan le trop-plein du bassin
au fond, la rigole d'alimentation

Ce bassin étant situé entre la rigole d'alimentation et la réserve d'eau, il ne peut en aucun cas être un "trop-plein" comme il est parfois identifié, c'est en revanche son propre "trop-plein" qui alimente la réserve en eau "propre".

- 1 rigole d’alimentation en eau à ciel ouvert


La rigole avant le bassin de décantation

- 1 prise d’eau


La prise d'eau, on remarque :
le ruisseau de la Proie à Gauche,
le début de la rigole à droite.


Environ 200 mètres en aval,
le muret de soutènement de la rigole.

Dans son article publié dans VDM (n°514), Christian Bouchoux avait attribué à Michel Beaussier la (re)découverte de la prise d'eau de la rigole alimentant le camp. Exact !
Après 2 tentatives infructueuses, j'ai eu la chance de trouver le bon guide qui m'y a conduit directement.
La prise d'eau est bien identifiée, située près de la cascade, sur la rive droite du ruisseau de la Proie, proche du hameau des Joies, soit à environ 1,5 km du camp. 
Il faut néanmoins préciser que 2 autres rigoles, partant sensiblement du même endroit, avaient un peu semé la confusion dans les recherches.
La première, située sur la rive gauche (et donc ne pouvant pas conduire au camp) et la seconde sur la rive droite prenant origine entre le ruisseau de la Proie et la rigole d'alimentation du camp.
Ces deux rigoles étaient destinées à l'irrigation de quelques terrains voisins.
La rigole du camp est elle reconnaissable au muret maçonné qui la soutient, environ 200 mètres après son origine (et qui a miraculeusement échappé à la chute d'un arbre...). C'est aussi celle qui suis au plus près (quoi que...) l'actuel chemin.

    
Lorsque l'on sait ce que l'on cherche, impossible de confondre les restes de la rigole avec un chemin...

La ligne du Tacot ayant une prise d'eau aux Blandins pour la locomotive, nous pouvons supposer que cette rigole a été entretenue au maximum jusqu'aux années 1938/1939, date du démontage de l'ensemble des rails de la ligne.
75 années d'abandon (et de débardages...) ont quelque peu faussées le paysage mais les traces restent encore visibles.


(Reconstitution des recherches sur fond de plan Google Map)

- Des poteaux électriques 
Ils permettaient la liaison entre la centrale et le camp (probablement la seule salle des machines).
Visibles sur la photo d'époque, ils ont depuis été démontés.

- Ligne téléphonique
Il semblerait qu’une ligne téléphonique ait également été installée.
Une note de la CCFSL en date du 9 octobre 1920 rapporte « qu’un orage, à la tombé de la nuit, à brisé plusieurs poteaux au rocher des Blandins et fortement ébranlé l’appareil téléphonique de Fâchin »

 Reconstitution interactive du camp

(Accès direct également depuis le menu : Histoire => Le camp des Blandins => Reconstitution du camp)
Cette partie va vous permettre de localiser et de visualiser (partiellement) le camp des Blandins sous Google My Map.
Chaque bâtiment présenté a fait l'objet d'un relevé géodésique.

Vous pouvez lancer l’application en cliquant sur l’icône située ci-dessous.

Pas d'inquiétude, il n'y a qu'à cliquer...
Photos :
Pour information, les photos ont toutes (ou presque) été prises avant le printemps. En effet, à cet endroit, la végétation est telle qu’elle empêche toute lisibilité du lieu.

Accès à la carte interactive :

Cliquez sur l’icône ci-dessous

Bonne visite

 Petits arrangements entre amis

En 1917, M. Peyroux aurait façonné quelques pavés au rocher « des Corvées » avec l’autorisation du propriétaire du site, M. Ravier (Confirmé dans une note de la CCFSL du 10 mai 1925)

Le 8 juin 1920, une note de la CCFSL précise que M. Pagani fait fabriquer des pavés (à titre d’essai) au rocher « des Corvées » avec installation sans autorisation d’une petite voie « Decauville » en bordure de la voie du Tacot.
- Déjà 3 ans d’essais et une voie Decauville ?

Le 10 juin 1920, une autre note demande sa mise en demeure de sortir de l’emprise des voies.

Le 14 mai 1924, M. Peyroux achète les parcelles contenant le rocher «des Corvées », acte de vente établi devant Maître Duvernoy d’Anost entre :
« - M. Simon Ravier, propriétaire, et Mme Anne Ravier, son épouse qu’il autorise, demeurant ensemble aux Pignots,
- Mme Jeanne Ravier, propriétaire demeurant aussi aux Pignots, veuve de M. Pierre Billon,
lesquels ont, par ces présentes, vendu, sous les garanties solidaires de tout trouble, dette, charge, éviction, surenchère et autre empêchement quelconque, à M. Joseph-Auguste Peyroux, Ingénieur des Travaux Publics, demeurant à Arleuf, ici présent……… ».

A noter également le point suivant de l’acte :
« La présente vente est, en outre, consentie et acceptée moyennant la somme de 3000 F de prix principal, que l’acquéreur a payé directement, et sans la participation du notaire soussigné, aux vendeurs qui la reconnaissent et en donnent bonne et valable
quittance… »

Entre 1925 et 1933, la carrière « des Corvées » fabriqua des pavées pour la région mais aussi pour Paris et sa banlieue alors gros consommateurs pour le pavage des rues.

Elle aurait, au mieux, employé une quinzaine d’ouvriers (8 heures par jour et 6 jours sur 7).

Bien que le patron, M. Peyroux, ait été surnommé « le Commandant de la carrière », il semblerait que les ouvriers (ouvriers et non prisonniers) aient été d’origine italienne et non des prisonniers français comme on pourrait le penser.

Le tableau ci-dessous émanant des archives de la CCFSL et repris dans l’ouvrage de Jacqueline Payneau « Il était une voie… ferrée étroite » rapporte quelques volumes.


Transports depuis "les Corvées"

Le 26 décembre 1933, la carrière « des Corvées » est définitivement fermée et les terrains revendus par les héritiers de M. Peyroux reviennent à leurs précédents propriétaires :
« Entre les soussignés :
M. Albert Peyroux, entrepreneur demeurant à Montreuillon, agissant tant en son nom personnel qu'au nom et se portant fort pour sa mère, Marie-Eléonore Legrand, veuve de M. Auguste Peyroux, demeurant à la Charité-sur-Loire, d'une part ;

M. Lazare Ravier (né du mariage de Simon Ravier avec Anne Ravier), cultivateur demeurant aux Pignots, époux de Mme Jeanne-Marguerite Allyot, d'autre part ;

Il a été convenu ce qui suit :
M. Albert Peyroux, es-qualités, vend par les présentes, à M. Lazare Ravier qui accepte, deux parcelles de terrain en nature de bois, situées sur la commune d'Anost, lieu-dit "les Corvées" et portées au cadastre de ladite commune sous le n° 165 p, section G. L'une de ces parcelles, d'une contenance de 16 a, est à prendre du côté du bois qui appartient déjà à M. Ravier, et a 70 m de longueur ; l'autre parcelle, d'une contenance de 4,15 a, est à prendre entre la ligne du chemin de fer économique de Saône-et-Loire d'Autun à Château-Chinon et celle de la carrière.

Origine de la propriété :
Les immeubles ci-dessus désignés appartiennent à M. Albert Peyroux et à Mme Vve Peyroux, comme dépendant de la communauté de biens ayant existé entre M. Joseph-Auguste Peyroux, décédé à Château-Chinon le 26.11.33 et Mme Marie-Eléonore Legrand, sa veuve. M. Peyroux en était propriétaire pour les avoir acquis de M. Simon Ravier et Mme Jeanne Ravier.

La présente vente a lieu aux conditions ci-après : l'acquéreur sera propriétaire des immeubles vendus à compter du 1er janvier 1934. Il prendra les biens dans l'état où ils se trouveront sans recours contre les vendeurs. En outre, ladite vente est consentie et acceptée moyennant le prix de 100F ».

Rappelons que M. Peyroux est décedé le 27 novembre 1933, peut-être peut-on s'étonner de la rapidité de la transmission de l'héritage et surtout de la revente de ces biens...

Les conséquences d’un tel camp

Il semblerait qu’au tout début des années 1920, une épidémie de fièvre typhoïde ait eu lieu dans les environs d’Arleuf – Château-Chinon mais toutefois limitée à cette zone.

La contamination par la fièvre typhoïde vient notamment de l'ingestion de boissons ou aliments souillés par les selles de l’homme.

Le camp des Blandins semblait bien équipé avec son alimentation en eau (potable) via la fameuse réserve d’eau, si "bien équipé" qu'il comportait également un poste de ravitaillement pour la loco du Tacot.

Il n’en était probablement pas de même pour les questions sanitaires et d’assainissement.

Il paraît évident que les cours d’eau situés en contrebas du camp, le Ruisseau de la Proie, le Ruisseau de la Motte et l’Yonne qui leur fait suite, ont pu être contaminés par plusieurs années de rejets de ce qui pouvait être des latrines (simple supposition car nous n’en voyons plus aucune trace aujourd’hui, ce qui augmente encore le doute sur les conditions de vie dans ce camp).

La contamination de Château-Chinon par les eaux de l’Yonne n’est donc pas exclue, quant-à Arleuf, dans la mesure où la ville se trouve en amont des cours d'eau, il y a fort à parier que c’est le « Tacot » qui à servi à véhiculer la bactérie.

De leur côté, les militaires (gardiens et détenus au camp des Blandins) étaient protégés contre ce fléau puisqu’une loi du 28 mars 1914 leur imposait la vaccination contre la typhoïde et les paratyphoïdes A et B (ce qui à d’ailleurs contribué à limiter les pertes dans l’armée française).

Que sont-ils devenus ?

Si véritablement il n’y a pas eut de victimes au camp d’Arleuf, que sont devenus ces malheureux « résidants » survivants ?

Nul ne le sait plus et rien n’est écrit.

Un prisonnier revenu jadis sur les lieux affirme pourtant avoir vu un prisonnier tenter de s’évader et avoir été tué par un garde depuis le mirador.
Ce prisonnier (le Grand-père de Violenne l'Espicenne...) aurait terminé sa vie en région parisienne mais n’a hélas pas écrit ses mémoires.

Une carrière est un lieu dangereux, comment penser qu’avec les mesures de sécurité de l’époque (et la très probable malveillance des détenus...) il n’y ait pas eut « d’accident ». Pendant 6 ans !

Comment penser que, connaissant la rigueur des hivers dans cette région et les conditions d’hébergement que l’on ne peut que supposer précaires, il n’y ait pas eut de morts ?
Les « copies de lettres » de la « Compagnie des Chemins de Fer de Saône et Loire » et particulièrement celle du 25 janvier 1910 nous rapporte, certes pour l’année 1910 mais néanmoins à titre d’exemple, « … 2,50 mètres de neige à la route d’Anost et dans la tranchée d’Arleuf. La gare en est comble… »

Comment se fait-il qu’aucune tombe du cimetière d’Arleuf ne conserve les restes de ces hommes ?

Pas de trace non plus d'une maison particulière d'Arleuf qui aurait fait office d'hopital militaire de 20 lits et aurait fonctionnée du 20 août 1914 jusqu'à une date inconnue...

Impossible de savoir si certains ont été ramenés chez eux puisqu’on ne sait même pas qui ils étaient.

De plus, il est fort probable que le jugement qui les avait amenés là ait été assorti d’une condamnation à la relégation qui de ce fait leur interdisait tout retour en leurs foyers…
Ainsi la trace de l’un d’eux se serait trouvée à Corancy où il aurait survécu jusqu’à la fin des années 1950.

Certains de mes interlocuteurs m'ont toutefois précisé que des anciens auraient parlé d'une "fosse commune"... Sans en donner un emplacement et sans que ces éléments puissent-être vérifiés (du moins pas avec mes modestes moyens...).

   ...Et pourtant nous en avons des traces...

En procédant à quelques recherches personnelles, Jean-Louis M. est tombé sur quelques actes de décès révélateurs.

- Charles-Louis Hillenweck dit Gouvernel, appartenant au 229ème Régiment d'Infanterie, serait décédé aux Blandins le 6 Octobre 1918
Pourtant le 229ème RI a été dissout le 26 Novembre 1917 alors qu'il se trouvait encore à Verdun...

- Marius-Joseph Bouchet, appartenant au 102ème Régiment d'Infanterie, serait décédé aux Blandins le 11 Février 1919.
En Février 1919, le 102ème RI se trouvait près de Sedan

- Gabriel-Charles Berthe, appartenant au 29ème Régiment d'Infanterie, serait décédé aux Blandins le 9 Mars 1921.
La 169ème Division à laquelle appartenait le 29ème RI a été dissoute le 11 Janvier 1919 pour cause de démobilisation.
Le 29ème RI et le 13ème RI formeront la 32ème Brigade le 16 Janvier 1919.

Ces 3 Régiments étant des unités fortement impliquées dans les combats de l'Est de la France, il est peu probable que ces militaires aient été "détachés" pour garder des prisonniers...
Quant-aux militaires ayant déclaré les décès et dont les noms figurent sur les actes, étaient-ils des prisonniers ou des gardiens ?

         
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Mais il est aussi tombé sur ceci :

- Un enfant dénommé Phélipeau, mort-né aux Blandins le 21 Août 1922.
Y aurait-il eu une certaine forme d'organisation "familliale" aux Blandins ?
Chacun pourra remarquer sur les actes que tous étaient "domiciliés" à l'Atelier 59 ou aux Blandins


Cliquez sur l'image pour ouvrir le fichier PDF

Hommage aux victimes

Puisqu’il n’y a « pas eut de victime » au camp d’Arleuf, l’hommage sera donc un hommage détourné.

Les premiers soldats bourguignons tués
(Il est quasiment impossible d’identifier les seuls Morvandiaux…)

21 – Côte d’Or :
- MONIN Julien, 2ème classe, 12ème Hussards, né le 30/10/1893 à Nan-sous-Thil,tué le 7/8/1914 à Altkirch

58 – Nièvre :
- BONNOTE Gabriel, caporal, 15ème BCP, né le 10/2/1891 à Thianges, tué les 9/8/1914 à Cernay

71 – Saône-et-Loire :
- DUVERT Joseph, 2èmeclasse, 35ème RI, né le 28/12/1891 à Tournus, tué le 7/08/1914 à Burnhaupt-le-Bas
- BLOIS Alfred, caporal, 31ème BCP, , » le 3/12/1892 au Creusot, tué 8/8/1914 au Renclos des vaches

89 – Yonne :
- GOISSET Pierre, sous-lieutenant, 44ème RI, né le 16/11/1882 à Joigny, tué le 7/8/1914 à Altkirch
- BETHERY Emmanuel, 5ème Régiment de Hussards, né le 21/02/1891 à Treuilly, tué le 8/08/1914 à Grenecey

Mort deux fois
François Waterlot avait 27 ans (Nom prédestiné ?)
Mineur dans le Pas-de-Calais, mobilisé en 1914, il a désobéi à des ordres idiots et fut fusillé sans jugement au prétexte d’abandon de poste.
Exécution ratée !
Ironie du sort, il fut réintégré dans l'armée et mourut, réellement cette fois, au front, en 1915.
Boutegourd était le nom du général exécuteur.

Entre honte et moquerie
Juste trois exemples pour le principe, ce qui sera moins grave que « pour l’exemple ».

- Le général Joffre jugé « usé par 2 ans de combat de tranchées » (les vrais occupants des tranchées jugeront de là-haut…) est élevé à la dignité de Maréchal (Maréchal n’étant pas un grade) et remplacé par le général Nivelle (Aïe !!! ).

- 1 (général) pour 350 000 (victimes alliées), c’est le ratio généralement avancé pour l’offensive du 16/4/1916 dans laquelle Robert-Georges Nivelle gagna non seulement ses galons de bavard et de boucher mais aussi ceux de responsable des « mutineries » de 1917. Après avoir été un temps écarté il sera nommé au Conseil supérieur de la guerre (Eh oui…) puis décoré, pour ensuite mourir non pour la France mais dans son lit, en 1924.

- 1 pour 600, c’est le ratio couramment avancé des hommes que le général de Brigade René-Auguste-Emile Boutegourd, qui n’est pas mort pour la France, aurait (devrait avoir) sur la conscience.

- Pour rester équitable, n’oublions pas le général italien Cadorna dont les actions peu convaincantes étaient surtout très coûteuses en vies humaines et pour qui les Italiens avaient une haine profonde disant même qu’il était leur seul véritable ennemi :
« Le général Cadorna mange les bons biftecks. Mais le pauvre soldat mange des châtaignes sèches ».

N’oublions pas non plus que dans la spécialité les Anglais avait un certain général « Haig » et les Allemands « Hindenburg » et
« Ludendorff »…

Que de beau monde…

Poésie

C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Le Dormeur du Val
Arthur RIMBAUD (1854-1891)

Sources documentaires

- Odette Hardy-Hémery, Fusillé vivant, Gallimard
- Christian Bouchoux, La carrière et le camp des Blandins (VDM)
- Jean-Claude Trinquet, La carrière des Blandins (VDM)
- Jacqueline Paineau, Il était une voie… ferrée étroite (Lai Biaude)
- Didier Cornaille, Histoires racontées de Bourgogne et du Morvan (Albin Michel)
- Violenne l'Espicenne, En mémoire d'un détenu de l'atelier 59 au bagne d'Arleuf (Le Morvandiau de Paris- 2008)
- Roland Niaud, Travaux personnels sur la région
- André Coudre, Documentation personnelle
- Gérard Petit, Centrale hydroélectrique et localisation de la rigole d'alimentation en eau
- Jean-Louis Magouthier, Documentation personnelle
- Wikipédia
- Archives départementales de la Nièvre :http://centenaire.org/fr/tresors-darchives/fonds-publics/archives-departementales/archives/les-archives-departementales-de-la
- Archives départementales de Saône-et-Loire
- Mission Patrimoine du Parc Naturel Régional du Morvan
- Service Historique de la Défense :
http://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr
- Secrétariat du Comité d’Histoire du MEDDE - CGEDD (ex Conseil Général des Ponts et Chaussées)
- Délégation Militaire Départementale de la Nièvre
- Revue « Miroir »
- Vents Du Morvan
- Historique du 102e régiment d'infanterie
(anonyme, Librairie Chapelot, Paris, sans date) numérisé par Danièle Percic
- Campagnes du 229ème RI : http://www.chtimiste.com/batailles1418/divers/historique229RI.htm


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